Lycée du Parc

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Quai du polar

QIU Xiaolong, un auteur engagé

Lundi 10 octobre dans l’amphithéâtre du centre scolaire Saint-Marc, sous une salve d’applaudissements plutôt tiède, vêtu d’un deux pièces blanc, Qiu Xiaolong fait son entrée. Son visage est cerné et ridé, mais ses rides sont celles de la connaissance et de l’expérience lorsqu’il sourit à une foule de lycéens.

L’interview est en anglais. Une interprète et un journaliste sont présents. Le journaliste a évoqué la vie de l’auteur et les circonstances qui l’ont amené à exercer le métier d’écrivain. Ce n’est pas la première fois que Qiu Xiaolong participe aux quais du polar. Il vient à Lyon promouvoir la sortie d’un nouveau livre des aventures de l’inspecteur Chen, qui est, selon son éditrice, le plus personnel de tous ses ouvrages. Ses romans policiers mettent en scène un personnage récurrent, l’inspecteur Chen Cao, qui est lui aussi poète. Ses livres racontent en détail la vie à Shanghai depuis les années 1990, mêlant intimement politique, vie courante et intrigue policière : la gastronomie chinoise, la crise du logement, la corruption, la politique et l’omniprésence du Parti ; les bouleversements de la Chine moderne. Tous ces thèmes enrichissent de manière pittoresque les enquêtes de l’inspecteur Chen Cao. L’auteur a écrit une série d’une dizaine ouvrages policiers, dont Cyber China. Au moment de la Révolution culturelle en Chine sous Mao qui interdit toutes les formes d’enrichissement intellectuel, le père de Qiu Xiaolong est la cible des gardes rouges. Qiu Xiaolong part aux États-Unis pour ses études. Suite aux événements de Tian’Anmen en 1989, il décide d’y rester. Aujourd’hui, il est professeur à l’université Washington de Saint Louis dans le Missouri. Le journaliste établit un parallèle entre l’inspecteur Chen et Qiu Xiaolong. Les poèmes rédigés par l’inspecteur Chen sont en effet une référence à ceux écrits par l’auteur lorsqu’il était jeune sous le régime communiste chinois.

Lorsqu’est arrivé notre tour de questionner Qiu Xiaolong, nous lui avons demandé s’il vivait toujours aux États-Unis, s’il était retourné en Chine depuis toutes ces années, à partir de quel âge il avait commencé à écrire, comment il trouvait l’inspiration … L’auteur nous précise également que ce personnage ne partage rien avec lui, si ce n’est son immense amour pour la poésie et la gastronomie chinoise (aussi essentielle dans la culture chinoise qu’est la gastronomie française en France !). C’est d’ailleurs quelque chose qui lui manque grandement aux États-Unis. Qiu Xiaolong s’inspire de l’un de ses amis pour créer le personnage de Chen Cao. En effet, en Chine de 1970 à 1980, il est impossible pour un étudiant de choisir sa profession, puisque le gouvernement leur en impose une. Cet ami, se retrouve donc policier malgré lui. De plus, un inspecteur est un personnage pratique : « Un officier de police se promène, frappe aux portes, peut consulter des dossiers difficilement accessibles, pose des questions. » Qiu Xiaolong n’avait alors pas conscience que ses écrits prendraient une telle envergure. À vrai dire, il ne pensait pas écrire une série. Il ne se rendait pas compte non plus de la nature de ses romans policiers. Mais il continua son projet, construisant le personnage de Chen autour d’un personnage de la littérature chinoise classique : « le mandarin malin, honnête et incorruptible ». Chen acquiert ainsi un caractère humain, plus chaleureux et digne de la confiance des lecteurs. Les enquêtes de l’inspecteur sont un peu différentes. D’après l’auteur, en Chine, un policier ne peut pas travailler ouvertement, sinon il serait sanctionné avant même d’avoir pu attraper un coupable. Ce qui arrive parfois à Chen. C’est pour cette raison que cette série de romans policiers est unique : « le suspens ne vient pas du fait que nous ignorons qui est le coupable, mais de la difficulté de le démasquer ou de le punir. D’autant qu’il s’agit souvent d’une personne haut placée. »

Qiu Xiaolong aime retourner en Chine une à deux fois par an afin de trouver l’inspiration et d’obtenir un regard à la fois extérieur ― celui de l’Américain ― et intérieur ― celui du Chinois. Cela lui apparaît primordial dans l’écriture de ses romans. Il a même fait une visite guidée de la cité de la Poussière Rouge, renouant ainsi avec son enfance. Il nous a affirmé qu’en retournant dans son pays d’origine, il changeait d’environnement et voyait comme tout avait changé. Cela lui permet de trouver l’inspiration pour ses romans et ses poèmes. Ses livres sont traduits en chinois à Hong-Kong. Mais dans le reste de la Chine, la censure a empêché la publication : « la ville de Shanghai est remplacée par H city ». Les rues ont changé, la fin est entièrement modifiée, des paragraphes ont disparu. L’écrivain décide donc d’arrêter la publication. En réalité, « on peut lire dans les contrats d’éditions chinois que le livre ne doit pas aller à l’encontre des intérêts du Parti, sinon il ne sera jamais diffusé. »

C’est un écrivain sage et réfléchi que nous avons rencontré. Il tente de dénoncer, de témoigner de ce qui se passe en Chine aujourd’hui, à travers le monde entier. Ce qui nous a marqué, c’est la façon avec laquelle il partageait ses émotions en évoquant son passé. En effet, on a pu se rendre compte de ses difficultés pendant la Révolution culturelle et dans les années qui ont suivi, notamment celles d’affirmer qui il voulait être. On ne peut qu’admirer son parcours. Une fois l’interview terminée, nous avons reçu un recueil contenant tous les poèmes de l’inspecteur Chen dans les livres de Qiu Xiaolong. Nous avons également eu la possibilité de faire dédicacer le recueil. Ce moment a permis aux élèves d’avoir une entrevue seul à seul pendant quelques instants avec l’auteur. Cela a également permis à certains élèves timides de faire part de leur ressenti à l’auteur.

La classe de 501,
accompagnée par Mesdames Leterrier et Jampy

Students’ impressions

Leana : ‘’It was interesting to meet the author Xialong Qiu , to be able to ask him questions and learn more about him. I saw that he was really involved and inspired by what had happened to him during the Cultural Revolution (…) I think it is really a good thing that these events pushed him to write some captivating stories even if he had to leave his native country and his culture.”

François : “Meeting Xialong Qiu helped me to learn about China, specially about its political context. The author told us about the difficult living conditions present in the country such as censorship and the absence of social networks.”

Tiphaine : “Last Monday, we listened to an interview of Qiu Xialong, a Chinese author. He left China when he was 35 because it was a dictatorship and he has never come back. Since then , he has written many books about China. His testimony moved me. I found that he was very courageous to speak and write about China.”

Floriant : ‘’I was interested in Qiu Xialong’s interview because he explained his difficult life in China and his ordeal to become a writer. It was hard for him to leave his friends and his family for work but he was determined to become a writer. Besides, I liked the exchange with him. It was a good experience to meet a famous author and learn about the Chinese culture”


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