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Lycée du Parc
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« Un triple 20 aux écrits » : comment Anne est devenue major de l’ENS Ulm
mardi, 21 avril 2026
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https://etudiant.lefigaro.fr/articl...
Par Romain Mercier
Publié le 21/04/2026 à 06:30, mis à jour le 21/04/2026 à 06:30
À l’annonce de l’inévitable séance photo, Anne, de nature timide, se fige un peu, gênée. Pour rendre l’exercice plus agréable, nous lui proposons de prendre un livre. Son visage s’éclaire. « Ah oui, j’en ai un dans mon sac », répond-elle aussitôt. Elle en sort L’Éducation sentimentale (1869) de Gustave Flaubert et, comme par magie, la voilà beaucoup plus détendue.
Anne Villedieu de Torcy est la major 2025 du concours de lettres de l’École normale supérieur (ENS) Ulm. Issue des classes préparatoires littéraires A/L, aussi appelées hypokhâgne, khâgne, du lycée du Parc à Lyon, la jeune femme de 20 ans a fini première du concours avec 17,3 de moyenne générale. Elle s’est notamment démarquée par un triple 20/20 aux écrits ; un premier pour la dissertation en français et les deux autres pour les compositions en latin et en... grec !
« Comme tout le monde je pense, je visais la première place. Mais c’était une grosse surprise car, pour moi, je n’avais pas rendu d’excellentes copies lors des épreuves », dit-elle, modeste. La jeune femme se remémore avec des étoiles dans les yeux le jour où elle a reçu ses résultats. « Beaucoup d’émotions, j’ai énormément pleuré. Mes parents ont organisé un repas dont je me souviendrai pendant longtemps ». De l’école à la maison dans le Jura à l’ENS Ulm dans le 5e arrondissement de Paris, retour sur le parcours scolaire hors du commun d’Anne, la major du concours de lettres de l’ENS Ulm en 2025.
Originaire du Jura donc, elle reçoit une éducation « originale voire à la marge de la société ». Et ce, dès le plus jeune âge puisqu’elle ne prend pas tout de suite le chemin de l’école. « Ma mère est professeure des écoles donc elle m’a appris à lire et m’a initiée aux mathématiques. Je n’ai suivi aucun organisme de cours à la maison, elle s’occupait de tout. » Après un déménagement près de Saint-Étienne, la fillette de l’époque découvre l’école en CM1, en 2014, à l’âge de 9 ans. Malgré un très bon niveau scolaire, déjà, elle est angoissée à l’idée d’aller au collège et souhaite rester chez elle pour étudier.
Ses parents acceptent et au vu de son goût pour la lecture, et les lettres en général, sa mère axe son apprentissage sur le français et la grammaire. « En 6e, je lisais Le bourgeois gentilhomme (1670) de Molière et Les métamorphoses d’Ovide (8 après J-C). Étant d’une famille catholique pratiquante, j’étudiais régulièrement la Bible et je me rappelle que je faisais aussi beaucoup de mathématiques. » En 5e, elle est à mi-temps au collège et suit le programme du Centre national d’enseignement à distance (Cned) lorsqu’elle est chez elle. L’année suivante, elle intègre le collège à plein temps. Elle a déjà lu pléthore de grandes œuvres comme Au bonheur des dames (1883) d’Émile Zola.
Sans grande difficulté, Anne obtient son brevet en 2020 et file vers le lycée public du Forez, à Feurs (Loire). À l’heure du tout numérique, elle n’est pas sur les réseaux sociaux. Elle n’a même pas de smartphone. « Pour mon plus grand bonheur », juge-t-elle après coup. Complètement à contre-courant de sa génération, la jeune femme décide d’apprendre le latin en autodidacte. « Je voulais comprendre les écrits d’église. » En 2022, au bac de français, elle obtient 20/20 à l’oral et à l’écrit !
Malgré sa passion évidente pour la littérature et la philosophie, d’autant plus que son père enseigne cette dernière, l’adolescente choisit les spécialités LLCER anglais et mathématiques pour son bac. « Le programme d’Humanités littérature et philosophie (HLP) ne me convenait pas donc j’ai privilégié les mathématiques pour développer mon esprit logique. » La Jurassienne d’origine décroche son bac mention très bien avec 19 de moyenne générale. Par ailleurs, elle obtient 20/20 à toutes les épreuves écrites.
Le bac en poche, direction le lycée du Parc à Lyon, en classes préparatoires littéraires avec pour objectif l’ENS Ulm. « Le choix a été assez naturel et je voulais absolument préparer Ulm pour faire des lettres classiques ensuite. Et puis, les classes préparatoires c’est la possibilité d’approfondir de nombreuses matières à un très haut niveau intellectuel ».
Durant deux ans, Anne reproduit le même schéma de travail. La jeune femme est en cours de 8 h à 16 h 30, puis elle s’organise deux sessions de révisions : de la fin des cours à 19 h et de 20 h à 22 h. Cette régularité est un aspect déterminant selon elle pour réussir le concours. « Il faut aussi prendre du plaisir à apprendre. Je n’avais quasiment pas l’impression de travailler parce que j’étais dans mon élément. Je me suis rarement forcée à étudier. » Pour tenir ce rythme, malgré tout « intense », elle a arrêté le violon mais s’est appuyée sur son cercle d’amis et sa famille pour se ressourcer. « Je les voyais presque tous les week-ends. »
Désormais à l’ENS Ulm, Anne se voit bien enseigner plus tard. Une vocation qu’elle a développée cette année. « Depuis peu, je ressens vraiment l’envie de transmettre mon savoir. Donc mon prochain objectif est l’agrégation de lettres classiques. » C’est tout le mal qu’on lui souhaite...